Lettres pastorales

 

Lettre pastorale annonçant le Jubilé diocésain Pentecôte, le 27 mai 2012

Le diaconat permanent

Le tournant missionnaire dans l’archidiocèse de Gatineau

 

Le tournant missionnaire dans l’archidiocèse de Gatineau

Lettre pastorale de Mgr Paul-André Durocher

Septembre 2017

Introduction

En janvier 2016, le conseil Communautés et ministères de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec faisait paraître un document intitulé

« Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes ». Ce texte est né d’une rencontre des évêques du Québec et de leurs collaboratrices et collaborateurs immédiats autour du défi lancé par le pape François dans son exhortation « La joie de l’Évangile ». Quel est ce défi? Il s’agit de passer d’une Église de chrétienté, axée sur l’entretien des institutions chrétiennes, à une Église de mission, axée sur le dynamisme du mouvement évangélique. Lisons les mots du pape François : J’imagine un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de « sortie » et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié. (La joie de l’Évangile, no 27)

Déjà en janvier 2017, lors d’une journée d’étude à la cathédrale St-Joseph, les responsables et leaders de nos communautés chrétiennes se sont penchés sur ce défi avec l’aide de Mme Marie Chrétien de l’archidiocèse de Québec. Par la suite, notre Conseil diocésain de pastorale a proposé que je rédige une lettre pastorale qui reprendrait les grandes lignes du document de l’AECQ en les appliquant à notre réalité outaouaise. Avec l’appui des membres du CDP, je vous propose la réflexion suivante et les pistes d’action qui en découlent.

 
   

 

Une belle histoire en cinq temps

  1. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » (Luc 4,18) En citant ce passage du prophète Isaïe, Jésus inaugurait sa vie publique en Palestine. Il acceptait ainsi de consacrer sa vie à la mission que lui avait donnée son Père.
     
  2. « Allez, de toutes les nations faites des disciples! » (Mt 28,19) Avec ces mots, Jésus envoya à leur tour ses propres apôtres, les invitant à continuer son œuvre en faisant leur sa mission. Ils ont répondu avec générosité. Animés du souffle de l’Esprit, ils se dispersèrent aux quatre coins du globe pour aller annoncer la Bonne Nouvelle.
     
  3. L’Église en Nouvelle-France a été fondée par des hommes et des femmes enflammés par ce même esprit missionnaire : Marie de l’Incarnation, François de Laval, Marguerite Bourgeois, Jean de Brébeuf et tant d’autres ont quitté la sécurité de leur France bien-aimée pour se lancer dans l’aventure d’une vie, celle de propager l’Évangile.
     
  4. La colonisation de l’Outaouais au dix-neuvième siècle a vu des femmes et des hommes embrasser la mission du Christ avec le même courage et la même ardeur. Des hommes comme le Père Louis Reboul et l’abbé John Brady ont accepté de se déraciner pour parcourir ces terres mal connues où les gens s’usaient dans des chantiers isolés, des fermes peu fertiles et des usines malsaines. Des religieuses – actives comme les sœurs de mère Bruyère ou contemplatives comme celles de mère Marie-Zita-de- Jésus – ont voulu soutenir la foi chrétienne de leurs sœurs et de leurs frères afin de renouveler leur espérance et leur joie. Dès cette époque, l’Évangile se concrétisait non seulement dans les soins sacramentels ou spirituels, mais aussi dans des services de santé, d’éducation, de prière et d’entraide.
     
  5. Lors de la fondation de notre diocèse il y a à peine cinquante ans, notre premier évêque, Mgr Paul- Émile Charbonneau, a voulu lui donner ce même souffle inspirateur. Il rêvait d’une « Église pauvre avec les pauvres », capable d’annoncer l’Évangile non seulement en paroles, mais aussi en actes. Il voulait une Église ouverte sur le monde, engagée dans la construction d’une société juste et fraternelle.

À l’époque, les paroissiennes et paroissiens bondaient nos églises. Nous érigions de nouvelles paroisses et bâtissions de nouvelles églises pour accommoder une population catholique grandissante. On faisait baptiser ses enfants et les envoyait à l’école catholique pour assurer la transmission de la foi. On se mariait à l’Église, on participait aux eucharisties dominicales et on y célébrait les funérailles des défunts. Les prêtres, les religieux et les religieuses étaient nombreux pour répondre à nos besoins spirituels, alors que divers mouvements dynamiques nous aidaient à comprendre et à vivre notre foi.

Et nous avons créé des organismes d’entraide, nous avons fondé des soupes populaires et des abris pour les sans-abris, nous avons ouvert des maisons de quartier, nous avons accueilli des réfugiés du Viet Nam, nous avons ouvert nos portefeuilles pour soutenir des missionnaires et des mouvements de développement au Tiers-Monde. La mission se portait bien!

 

Le contexte actuel

Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence : ce monde est presque disparu. Un sondage récent de CROP indique que, même si trois quarts des Québécois s’identifient comme catholiques, seule la moitié

croient vraiment en un Dieu personnel. Et de cette moitié, un petit tiers considèrent Jésus comme Fils de Dieu. De fait, seulement 15 % de la population – y inclus les nouveaux arrivants – adhère à

l’enseignement de l’Église catholique. De ce groupe, la grande majorité est âgée. En effet, nos paroisses regroupent surtout des personnes à la retraite, généreuses, certes, et toujours convaincues. Mais, malgré leurs meilleurs efforts, les nouvelles générations semblent de moins en moins intéressées par l’Évangile. De plus, la diminution des ressources humaines et financières de l’Église du Québec rend d’autant plus compliqué son rayonnement dans une société profondément sécularisée et plurielle.

Devant cette réalité, on peut imaginer deux réactions contrastantes. La première : s’attacher à tout prix aux institutions et pratiques ecclésiales que nous avons connues et consacrer toutes nos énergies à maintenir l’Église comme une association privée statique qui assure les services spirituels de ses membres. La seconde : reconnaître que Dieu nous appelle à délaisser nos manières habituelles et à nous engager dans de nouvelles voies afin qu’émerge l’Église comme un mouvement communautaire dynamique auquel on adhère en vue de transformer le monde.

Cette deuxième réaction invite chaque fidèle à faire sien le souffle missionnaire du Christ dans le contexte social du Québec contemporain. Nous sommes invités à ne pas nous satisfaire d’être les disciples de Jésus, mais à chercher de tout cœur à devenir ses apôtres.

 
   

 

 

La mission de l’Église

Au début du troisième millénaire, le Pape Jean-Paul II nous rappelait que le programme de l’Église n’a pas changé, mais qu’il doit être adapté aux conditions dans lesquelles se trouvent les diverses communautés chrétiennes. Il définissait ainsi ce programme : « Il est centré [...] sur le Christ lui-même, qu’il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste." Voyons les divers éléments de cette définition.

Centré sur le Christ — La foi chrétienne ne se réduit pas à une idéologie, un dogme ou une morale. Elle est centrée sur une personne, celle de Jésus de Nazareth, le fils incarné de Dieu le Père qui, dans l’Esprit, est venu parmi nous annoncer et inaugurer le Royaume de Dieu.

Qu’il faut connaître, aimer, imiter — Nous sommes créés pour vivre en relation avec Jésus. Nous apprenons à le connaître en sondant les Écritures, nous apprenons à l’aimer dans la prière personnelle et communautaire, nous apprenons à l’imiter dans nos engagements pour la justice, la paix et la joie du Royaume (cf. Rom 14,17).

Pour vivre en lui la vie trinitaire — La relation avec Jésus nous plonge au cœur de la relation d’amour qu’il entretient avec le Père dans l’Esprit. En lui, nous découvrons que Dieu nous aime d’un amour inconditionnel et sans limites, d’un amour qui donne sens et direction à notre vie, qui promet le pardon et la guérison face aux échecs, qui fait surgir l’espérance et la force dans les épreuves.

Pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste — L’amour de Dieu pour les humains s’incarne dans les gestes d’hommes et de femmes qui se penchent sur la douleur et la misère des autres et qui viennent à leur secours. La mission que Jésus nous confie prend corps lorsque nous manifestons notre solidarité à tous ceux et toutes celles qui vivent à la périphérie de notre société et de nos communautés et qui cherchent accueil, compréhension, réconfort et appartenance.

 

 
   

Rappelons-nous que l’Église n’existe pas pour elle-même, mais pour être un milieu d’Alliance entre Dieu et l’humanité, un espace où l’amour de Dieu pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui devient concret et vivifiant.

La réforme des structures

 

Réjouissons-nous des nombreux efforts déjà existants dans nos paroisses et nos mouvements pour réaliser cette mission. En effet, nous remarquons autour de nous de belles initiatives pour faire connaître Jésus et son Évangile. Nous reconnaissons des engagements qui incarnent cet Évangile dans des services communautaires pour les démunis et les mal-aimés. Prendre le tournant missionnaire veut dire multiplier ces initiatives et ces efforts afin de centrer nos communautés sur l’annonce de la Bonne nouvelle et sur sa réalisation dans notre milieu. Revoyons tous nos engagements personnels et toutes nos activités paroissiales à la lumière de ces deux questions :

 

  • Nos engagements et nos activités aident-ils les gens à connaître, à aimer et à imiter Jésus?
  • Nos engagements et nos activités nous permettent-ils d’ouvrir des chemins d’espérance pour les femmes et les hommes de notre monde, surtout les plus petits et les plus pauvres?

La première question est centrée sur la Bonne nouvelle à annoncer; la seconde, sur la Bonne nouvelle à manifester. En effet, l’annonce de la Bonne nouvelle donne plus de fruit lorsqu’elle paraît dans nos vies. Déjà en 1975, le Pape Paul VI notait : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins." Le témoignage d’une communauté engagée à ouvrir des chemins d’espérance pour les plus petits et les plus pauvres rend crédible sa vie fraternelle, liturgique et catéchétique.

 
   

À la lumière de ces deux questions, certaines activités devront peut-être être abandonnées, d’autres créées. Plusieurs devront être modifiées pour mieux répondre aux défis actuels. Sans rejeter en bloc nos pratiques du passé ou nos réalisations d’aujourd’hui, arrêtons-nous à des dimensions de la vie chrétienne et ecclésiale que nous avons peut-être trop tenues pour acquises.

Voici deux séries contrastées de défis, tant personnels que communautaires, que nous pourrions explorer ensemble. Dans la colonne de gauche, vous noterez des approches et des activités typiques de nos communautés chrétiennes d'hier et d’aujourd’hui; dans la colonne de droite, vous découvrirez des approches et des activités complémentaires qui, si elles sont embrassées, donneront une allure plus missionnaire à nos communautés.

 

Approches traditionnelles

Approches plus missionnaires

A.

Assurer la catéchèse des enfants

Entreprendre l’évangélisation des parents

B.

Préparer à la réception des sacrements

Accompagner après les sacrements

C.

Parler des valeurs évangéliques

Parler de la personne de Jésus

D.

Assurer la viabilité de la paroisse

Bâtir une communauté dynamique

E.

Présider aux grands groupes

Animer des petits groupes

F.

Bien préparer les homélies et la musique

Favoriser une expérience spirituelle

G.

S’associer aux gens qu’on connaît

Accueillir et intégrer l’étranger

H.

Convaincre les jeunes de nos causes

Comprendre les causes des jeunes

I.

Approfondir une spiritualité eucharistique

Développer une spiritualité de la Parole

J.

Penser au bien de la paroisse

Penser au bien du village ou du quartier

K.

S’engager pour la prière

S’engager pour la justice, la paix et la joie

L.

Fonder une œuvre sociale

Collaborer avec le communautaire

M.

Tenter de ramener les gens à l’Église

Chercher à apporter l’Évangile aux gens

 

Quatre pistes d’action pour l’ensemble des paroisses

Pour revoir nos engagements et nos activités, nous devrons évaluer, remettre en question, réorienter et faire preuve de créativité. Cela ne se fera pas du jour au lendemain : il s’agit d’un processus de longue haleine. Passer d’un style pastoral à un autre exige un effort soutenu, concentré et intentionnel au fil des ans.

Nous aurons à nous former, à nous parler, à nous entraider. Nous devrons ajuster nos pratiques et nos habitudes. Nous devrons faire face à la résistance de ceux et celles qui ne comprennent pas ou ne veulent pas de ce changement. Pour ce faire, le CDP propose quatre pistes d’action pour les prochaines années.

  1. Nous continuerons à travailler les quatre attitudes liées à notre priorité pastorale diocésaine. En effet, « libérer les trésors » nous permet de mieux « partager la Parole ». Les attitudes d’accueil, de valorisation, d’accompagnement et d’invitation ne favorisent pas seulement le bénévolat en milieu paroissial, ils assoient la mission sur quatre piliers fondamentaux. En effet, une paroisse évangélisatrice sait accueillir le questionnement des gens, valoriser leurs points de vue, accompagner leur cheminement de foi et les inviter à s’engager à la suite de Jésus.
     
  2. L’équipe diocésaine créera des démarches en petits groupes qui permettront aux participantes et participantes de dire et de partager leur foi.
     
  3. L’équipe diocésaine organisera des « ateliers du tournant », sessions de formation offertes sur un cycle de trois ans consacrés tour à tour à la Parole, à l’engagement social et à la liturgie. Ces ateliers seront ouverts aux membres de nos équipes pastorales – prêtres, diacres et agentes et agents de pastorale –, à ceux et celles qui voudraient le devenir, mais aussi à tout baptisé-confirmé qui, au nom de sa foi, veut s’engager dans la mission. Les participants et participantes seront équipés pour mettre en place les démarches en petits groupes nommés plus haut.
     
  4. Afin de ne pas en rester au niveau des principes et des belles idées, le CDP voudrait que la réflexion présentée dans cette lettre pastorale débouche sur un plan d’action concret au niveau de chaque paroisse du diocèse. Il serait bon qu’on s’approprie cette vision en partenariat avec les paroisses voisines et qu’on identifie ses priorités en déterminant son propre plan d’action. Déjà, on pourrait identifier dans sa paroisse une ou deux activités de type « missionnaire » à entreprendre cette année.

Conclusion

L’histoire de notre Église diocésaine s’inscrit dans la grande histoire du salut. Et cette histoire nous invite continuellement à revenir à la source : la mission que le Père a confiée à son Fils, que le Fils – dans la puissance de l’Esprit – a transmise à ses disciples et que les disciples ont léguée aux générations subséquentes. Le moment est venu d’inscrire un nouveau chapitre dans cette histoire. Nous le ferons en communion avec l’Église universelle et l’Église au Québec, mais nous le ferons selon ce que nous sommes à notre façon, conscients de notre réalité particulière.

Les membres du CDP s’unissent à moi pour vous inviter à porter ces réflexions et ces pistes d’action dans votre prière et à les faire connaître autour de vous. Adoptons les attitudes personnelles qui permettront à cette vision de devenir réalité et de porter des fruits. Rêvons de projets et d’activités qui permettront de bien engager le tournant missionnaire. Partageons nos bonnes idées entre nous et avec l’équipe diocésaine.

Ensemble, répondons à l’appel que le Pape François a lancé à l’Église du Québec lors de la visite ad limina apostolorum des évêques en mai 2017 : « Levez-vous, approchez-vous de l’autre, écoutez-le et partagez-lui la Bonne Nouvelle. L’Esprit du Christ vous accompagne. »

† Paul-André Durocher Archevêque de Gatineau