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Messages de Noël

15 décembre 2009
Noël : une joie pour notre humanité nomade

Noël semble devenu le temps des plus grandes dépenses et des endettements. Que subsiste-t-il du sens originel de cette fête? Certes, il en reste les vœux, les cadeaux, les visites familiales, même une générosité renouvelée envers les personnes démunies. Tout cela est beau, humain et très touchant quand vécu avec cœur et non comme une corvée.

Pourtant, Noël me semble proche d’une autre dimension de notre vie d’aujourd’hui. Ne sommes-nous pas devenus des nomades, des campeurs? En fait, l’homme est un nomade depuis qu’il existe! Mais ce nomadisme inhérent à notre condition humaine a trouvé de nouveaux chemins dans un monde qui se globalise et qui multiplie les moyens et lieux de communication.

Chaque fois que je passe dans un aéroport international, je suis fasciné par ces foules qui arrivent de destinations exotiques, qui partent vers des horizons aux noms qui me sont inconnus. Les visages, les vêtements me parlent de gens aux cultures bigarrées qui viennent vers nous ou qui retournent vers leurs sources. Je pense aussi à ces migrants que sont les immigrants, les réfugiés, les touristes, les commerçants, et qui encore? La « caravane humaine » est toujours en route, et les moyens contemporains accélèrent ses migrations de toutes sortes.

Et que dire des jeunes? Beaucoup vont faire des stages humanitaires dans divers pays du monde. Ils parcourent des continents que leurs parents n’ont même pas entrevus. Pensons aux gigantesques marches et rassemblements de jeunes lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, en des pays aussi divers que les Philippines, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada et bientôt l’Espagne. Ils s'y retrouvent par millions, ils tissent par leurs réseaux de courriels une toile serrée autour de notre planète.

Et puis, je pense à ce phénomène du renouveau des pèlerinages, ces longues marches qui remontent à la nuit des temps. Je vois régulièrement des gens qui partent pour Compostelle, d’autres qui s’engagent dans des chemins plus courts mais qui les attirent mystérieusement, comme une route encore à découvrir, celle de leur cœur ou celle vers leur voisin.

L’être humain que nous sommes aujourd’hui, autant sinon plus que jamais, cherche un sens à sa destinée, aspire à des raisons de vivre. Et je considère que la fête de Noël est une offre d’intuitions profondes à tous les marcheurs, à tous les chercheurs que nous sommes.

Dans nos Écritures Saintes, Dieu se manifeste toujours en mouvement. Sans cesse, il vient, il cherche quelqu’un, il marche avec, il lui communique les sentiments et les secrets de son cœur. C’est Lui qui, allant au bout de cet élan, se fait petit et pauvre jusqu’à la Crèche pour marcher sans faux-semblant et dans la proximité avec cette caravane que nous formons. Plongeant ainsi dans le mouvement qui marque notre histoire intime et universelle, il nous invite à parler en route avec lui!

C’est d’un jeune couple en voyage qu’il naît au milieu d’un rassemblement qui ne laisse pas une place convenable pour sa naissance, mais une crèche. Se sentent attirés vers lui ces nomades et marginalisés de toujours que sont les bergers. Ils reçoivent de l’Enfant une vitalité inattendue, une joie inusitée de vivre, un goût nouveau de solidarité avec les personnes sur leur chemin. Puis arrivent ces mages, ces penseurs qui, pour dénouer l’énigme de leur vie lue dans une étoile, se mettent en marche. Ils cherchent. Après errances et erreurs, ils trouvent l’Enfant et sa mère et en ressentent une grande allégresse. Et ils retournent chez eux, mais tout transformés. Jaillit du fond de leur cœur un regard bouleversé de tendresse sur l’humanité et sur leur propre destin. Pour eux aussi, cette rencontre est une poussée vers les autres, vers ceux au loin, vers ceux qui ne se savent pas aimés. Puis l’Enfant deviendra à son tour un réfugié, chassé par la jalousie du roitelet….

Noël, c’est Dieu qui vient planter sa tente dans notre campement. Jésus à Noël vient nous rejoindre pour nous faire expérimenter qu’il existe un autre monde que celui de la méfiance, de la peur, de la haine, de la guerre, de l’égoïsme, de l’exploitation éhontée des richesses de la nature et de l’humanité. Et je connais des jeunes, des adultes qui, au cœur de leurs errances, de leurs blessures et de leurs recherches, rencontrent Celui qui les transforme et en fait des nomades heureux et rayonnant l’amour autour d’eux.

J’aime un chant de Robert Lebel qui sait bellement mettre en mots et en notes le message de Noël. « Peuple de pèlerins poursuis ton voyage plus loin que l’incertain et que les mirages! Le monde est un chemin, la terre, un passage! Passe en donnant la main, l’Amour et le pain! ».

Joyeux Noël 2009 et que l’An 2010 conduise nos errances à la joie!


† Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
15 décembre 2009

 
catégorie : messages de Noël
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